Travailler plus longtemps à Malte mais gagner moins ? Le paradoxe du travail

Malte possède l'un des marchés du travail les plus dynamiques d'Europe. Alors pourquoi de nombreuses personnes travaillent-elles plus longtemps alors que les salaires restent relativement modestes ?
Plus d'heures de travail à Malte

L'allongement de la durée du travail à Malte est souvent évoqué lorsqu'il est question de l'évolution du marché du travail du pays. Au cours de la dernière décennie, Malte s'est forgé la réputation d'être l'une des économies à la croissance la plus rapide de l'Union européenne, avec une croissance régulière de l'emploi, des industries en expansion et l'un des taux de chômage les plus bas d'Europe.

Pourtant, sous ces indicateurs positifs se cache une contradiction qui attire de plus en plus l'attention des économistes, des décideurs politiques et des travailleurs.

Les Maltais travaillent souvent plus longtemps que la plupart de leurs homologues européens. Dans le même temps, les salaires restent relativement modestes par rapport à la plupart des pays de l'Union européenne, en particulier par rapport aux économies d'Europe occidentale.

Cela a conduit certains observateurs à décrire la situation de Malte comme un paradoxe du travail. Un pays où l'emploi est abondant et où l'activité économique reste forte, mais où le lien entre l'effort et le revenu ne suit pas toujours le modèle observé dans de nombreuses économies européennes plus riches.

Pour comprendre ce paradoxe, il faut examiner trois éléments interconnectés qui façonnent le marché du travail maltais : de bons résultats en matière d'emploi, des horaires de travail relativement longs et des niveaux de salaire qui restent largement inférieurs à la moyenne de l'Union européenne.

Un marché du travail toujours performant

Malgré le débat sur les salaires et les conditions de travail, le marché du travail maltais reste exceptionnellement solide.

Au cours de la dernière décennie, le pays a connu une croissance régulière de l'emploi grâce à l'expansion de secteurs tels que le tourisme, les services financiers, les jeux, la construction et les services professionnels. Les entreprises de ces secteurs continuent de recruter activement, ce qui crée un marché du travail où la demande de travailleurs reste constamment élevée.

Selon l'Office national des statistiques de Malte, le taux d'activité des personnes âgées de 15 à 64 ans est passé de 74,8 % en 2019 à 81,8 % en 2024. Cette évolution reflète à la fois la croissance économique et les changements structurels sur le marché du travail, notamment une plus grande participation de la population active et un nombre croissant de travailleurs étrangers entrant dans l'économie.

Les données d'Eurostat confirment la même tendance. Malte a enregistré l'un des taux d'emploi les plus élevés de l'Union européenne en 2024, avec 83 % des personnes âgées de 20 à 64 ans ayant un emploi.

Dans le même temps, le taux de chômage reste remarquablement bas. L'INS a indiqué que le taux de chômage de Malte s'élevait à environ 3,2 % en 2024, ce qui est nettement inférieur à la moyenne de l'UE, qui est d'environ 5,9 %.

Un marché du travail aussi tendu crée inévitablement des pressions. Les employeurs font souvent état de difficultés à trouver du personnel, et Malte compte de plus en plus sur les travailleurs étrangers pour soutenir la croissance économique et combler les pénuries de main-d'œuvre, une tendance également mise en évidence dans le rapport de la Commission européenne sur l'emploi. Rapport de la Commission européenne sur Malte.

Le paradoxe commence lorsque nous examinons comment ces emplois se traduisent en termes de conditions de travail, de salaires et de niveaux de vie quotidiens.

Heures de travail à Malte par rapport à l'Europe

Les heures de travail constituent la première partie du tableau.

Dans l'ensemble de l'Union européenne, la semaine de travail effective moyenne pour les personnes âgées de 20 à 64 ans était d'environ 36 heures en 2024, en tenant compte des travailleurs à temps plein et à temps partiel. Les chiffres de Malte tendent à être plus élevés.

Les salariés à temps plein travaillent généralement un peu plus de 40 heures par semaine en moyenne. Plus important encore, les semaines de travail prolongées sont relativement courantes. Environ 14,6 % des travailleurs maltais déclarent travailler plus de 45 heures par semaine, ce qui place le pays parmi les États de l'UE où les horaires de travail plus longs sont les plus répandus.

Cela ne signifie pas nécessairement que les travailleurs maltais sont particulièrement surchargés. Cela reflète plutôt la structure de l'économie locale. Malte est fortement tributaire des industries de services, de nombreux secteurs fonctionnent selon des horaires exigeants et l'emploi à temps partiel reste moins courant dans certaines industries que dans les pays d'Europe du Nord.

Par conséquent, l'allongement de la semaine de travail est devenu un élément familier du rythme économique de Malte. Pour de nombreux ménages, travailler davantage reste l'un des moyens les plus immédiats d'augmenter leurs revenus.

Où est la demande ?

Homme portant une horloge sur son dos
Illustration conceptuelle de l'allongement de la durée du travail à Malte

Lorsque l'on examine de plus près le marché du travail maltais, une question naturelle se pose : d'où vient réellement la demande ?

La réponse ne surprendra pas les habitants de l'île. Certains secteurs reviennent sans cesse lorsqu'il est question de pénurie de main-d'œuvre. La construction arrive en tête de liste, suivie de près par le tourisme et l'hôtellerie, deux secteurs devenus essentiels à la croissance économique de Malte.

Mais l'histoire ne s'arrête pas aux grues et aux hôtels. Les secteurs de la santé, du transport et de la logistique, des services financiers et de l'industrie technologique en plein essor à Malte sont également confrontés à une forte demande de main-d'œuvre, ce qui accroît la pression sur un marché du travail déjà tendu.

Salaire minimum dans toute l'Europe Où en est Malte ?

Les salaires constituent le deuxième élément du paradoxe maltais en matière de main-d'œuvre.

Les salaires minimums varient considérablement au sein de l'Union européenne. En 2026, 22 États membres de l'UE disposeront d'un salaire minimum national légal, tandis que des pays comme le Danemark, la Suède, l'Autriche, la Finlande et l'Italie s'appuieront principalement sur des conventions collectives.

Dans l'UE, les salaires minimums vont d'environ 620 euros par mois en Bulgarie à plus de 2 700 euros au Luxembourg. Malte se situe dans la moyenne inférieure des niveaux de salaire minimum de l'UE.

Salaire minimum mensuel dans certains pays de l'UE (2026)

PaysSalaire minimum (€ par mois)
🇱🇺 Luxembourg2704
🇩🇪 Allemagne2222
🇳🇱 Pays-Bas2193
🇮🇪 Irlande2146
🇧🇪 Belgique2112
🇫🇷 France1801
🇪🇸 Espagne1323
🇸🇮 Slovénie1278
🇨🇾 Chypre1088
🇭🇷 Croatie1050
🇬🇷 Grèce1026
🇲🇹 Malte994
🇨🇿 République tchèque922
🇪🇪 Estonie886
🇭🇺 Hongrie844
🇷🇴 Roumanie814
🇱🇻 Lettonie700
🇧🇬 Bulgarie620
gros plan sur la crise économique avec des euros 1

Cette comparaison illustre clairement l'écart. Malte ne fait pas partie des pays de l'UE où les salaires sont les plus bas, mais elle reste bien en deçà de nombreuses économies d'Europe occidentale où les salaires minimums sont considérablement plus élevés.

Pour les personnes qui envisagent de s'installer à Malte, cette différence entre les salaires nominaux et le pouvoir d'achat devient un facteur important lorsqu'il s'agit d'évaluer les attentes en matière de revenus.

Les revenus moyens racontent une histoire similaire

Les chiffres du salaire minimum ne fournissent qu'une seule perspective. Les revenus moyens racontent une histoire similaire.

Les données sur le marché du travail fournies par EURES montrent que le salaire mensuel moyen brut à Malte était d'environ 2 269 euros en 2023. À titre de comparaison, la moyenne de l'UE s'élevait à environ 3 417 euros.

Les revenus nets révèlent un écart similaire. Le salaire net moyen à Malte était estimé à environ 1 705 euros par mois, contre 2 351 euros dans l'Union européenne.

Bien que les salaires aient progressivement augmenté à Malte au cours des dernières années, ils n'ont pas progressé au même rythme que dans de nombreux autres pays de l'UE.

Pris ensemble, ces chiffres mettent en évidence le cœur du paradoxe maltais en matière d'emploi. Le taux d'emploi est élevé et les travailleurs travaillent souvent plus longtemps, mais les niveaux de revenus restent inférieurs à ceux de la plupart des pays de l'Union européenne.

Coût de la vie : la pièce manquante du puzzle

Lorsque l'on parle de salaires et d'heures de travail, un autre facteur important ne peut être ignoré : le coût de la vie.

Au cours de la dernière décennie, Malte a connu une augmentation significative des prix des logements et des loyers. La demande de logements a augmenté rapidement avec l'accroissement de la population et l'arrivée d'un plus grand nombre de travailleurs étrangers sur l'île.

Pour de nombreux résidents, le loyer est devenu la principale dépense mensuelle. Dans les quartiers centraux tels que Sliema, St Julian's ou Gżira, un appartement d'une chambre à coucher peut facilement dépasser les 1 000 euros par mois, tandis que les appartements plus grands situés dans des endroits populaires se situent souvent entre 1 400 et 2 000 euros, voire plus, selon la taille et l'emplacement.

Dans le même temps, les dépenses quotidiennes telles que l'épicerie, les services publics et les services ont également augmenté à mesure que l'économie maltaise se développait et que l'inflation touchait une grande partie de l'Europe. C'est là que le paradoxe du travail maltais devient plus visible. Les travailleurs peuvent être employés et gagner un revenu régulier, mais l'augmentation du coût de la vie peut rapidement absorber une grande partie de ces revenus. Par conséquent, de nombreux ménages doivent travailler plus longtemps pour maintenir leur niveau de vie.

Pour les expatriés qui envisagent de vivre et de travailler à Malte, il est essentiel de comprendre l'équilibre entre les salaires et le coût de la vie.

L'allongement de la durée du travail à Malte : Un élément clé du débat sur le marché du travail

Le débat sur le marché du travail maltais dépasse de plus en plus le cadre des salaires pour s'étendre aux heures de travail et à la qualité de vie. En 2025, la question a attiré l'attention du monde politique lorsque le chef de l'opposition, Alex Borg, s'est inquiété de la longue culture du travail à Malte lors des discussions politiques sur l'avenir du travail.

M. Borg a suggéré d'explorer des projets pilotes pour une semaine de travail de quatre jours, en particulier dans le secteur public, estimant que Malte devrait se concentrer davantage sur la productivité par heure plutôt que de s'appuyer uniquement sur des semaines de travail plus longues.

La proposition a rapidement suscité un débat. Des organisations patronales telles que l'Association des employeurs de Malte ont averti qu'une semaine de travail plus courte pourrait s'avérer difficile à mettre en œuvre sur un marché du travail déjà confronté à des pénuries de main-d'œuvre. La Chambre de commerce de Malte a également fait part de ses inquiétudes quant à la compétitivité des secteurs fortement tributaires du travail posté, notamment l'hôtellerie, l'industrie manufacturière et les soins de santé.

Bien qu'aucun changement de politique n'ait suivi, la discussion a mis en lumière une question importante dans l'évolution du marché du travail maltais :

La croissance économique doit-elle continuer à dépendre de l'allongement de la durée du travail, ou faut-il plutôt se concentrer sur la productivité et l'amélioration de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée ?

La vraie question pour le marché du travail maltais

Si l'on ajoute l'augmentation du coût de la vie à l'équation, le paradoxe devient plus facile à comprendre. Un taux d'emploi élevé maintient l'économie en mouvement, mais il crée également un marché du travail où l'allongement de la durée du travail est souvent le moyen le plus rapide de maintenir les revenus plutôt que d'augmenter la productivité.

En d'autres termes, l'économie maltaise a très bien réussi à créer du travail. Le défi consiste maintenant à faire en sorte que le travail devienne plus productif et mieux rémunéré.

Pour les expatriés qui envisagent de vivre et de travailler à Malte, la situation est donc nuancée. Les opportunités sont nombreuses et la demande de travailleurs reste forte, mais il est essentiel de comprendre comment les salaires, les heures de travail et le coût de la vie interagissent pour évaluer le marché du travail de l'île.

La véritable question qui se pose au marché du travail maltais est simple : la croissance doit-elle reposer sur des semaines de travail plus longues ou sur une productivité mieux rémunérée ?

Note d'Expatax Malta

Au Expatax Malte, Nous analysons régulièrement les tendances économiques, les développements fiscaux et les changements réglementaires qui affectent les expatriés, les entrepreneurs et les professionnels qui vivent et travaillent à Malte.

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